Succès Masra, président du parti d’opposition Les Transformateurs, a été placé en détention préventive après son inculpation par un juge d’instruction pour son implication présumée dans les violences meurtrières survenues à Mandakao le 14 mai, ayant fait une quarantaine de morts. Son collectif d’avocats dénonce une procédure irrégulière, qu’il qualifie de « conspiration orchestrée en amont » contre leur client.
Une arrestation contestée et une procédure remise en cause
Arrêté à l’aube du vendredi 16 mai à son domicile, l’opposant aurait été interpellé avant même que la plainte ayant motivé son inculpation ne soit officiellement enregistrée au parquet. « La plainte a été enregistrée le 16 mai, après l’arrestation de notre client. Nous parlons ici d’un enlèvement, non d’une arrestation en bonne et due forme », a affirmé l’un de ses avocats lors d’une conférence de presse tenue ce mercredi à N’Djaména.
Le collectif d’avocats pointe également du doigt un enregistrement audio, daté du 23 mai 2023 et intitulé « Aux armes citoyennes contre les terroristes », comme pièce centrale de l’accusation. Cet enregistrement aurait été transmis à la direction de la police judiciaire le 6 mai 2025 par un agent des services de renseignement, identifié comme un certain Kerim, relevant de l’Agence nationale de sécurité d’État (ANS).
Pour les avocats, ce document, déjà au cœur d’un mandat d’arrêt international émis puis levé en 2023 dans le cadre de l’accord de Toumaï pour la stabilité et le développement, témoigne d’une volonté manifeste de « criminaliser à nouveau un discours politique » et de « remettre en question les engagements présidentiels » de réconciliation.
Un climat politique lourd de tensions
Ce rebondissement judiciaire survient dans un contexte politique particulièrement fragile. En janvier dernier, le président Mahamat Idriss Déby avait lancé un appel au dialogue national, appel auquel Succès Masra avait officiellement répondu favorablement. L’interpellation de ce dernier apparaît, aux yeux de ses avocats, comme un signal négatif envoyé à l’opposition.
Le collectif dénonce également les conditions de l’audience de placement sous mandat de dépôt, évoquant un « déploiement militaire disproportionné » de plus de 100 véhicules autour du tribunal, destiné selon eux à « intimider les magistrats et compromettre l’indépendance de la justice ».
Quelle suite pour la procédure ?
En vertu de la qualification criminelle des faits reprochés, l’instruction pourrait s’étaler sur une période d’un an. Les avocats ont annoncé qu’une demande de liberté provisoire sera introduite après l’audition de leur client sur le fond.
Tout en soulignant le contexte sécuritaire de 2023 – marqué par des attaques terroristes à la frontière avec la Centrafrique – dans lequel s’inscrivaient les propos aujourd’hui remis en cause, les défenseurs de Succès Masra affirment qu’il s’agit là d’une tentative politique visant à neutraliser une figure centrale de l’opposition tchadienne.







