La décision de suspendre les financements de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), prise par le président Donald Trump le 20 janvier 2025, a renforcé la défiance envers l’aide internationale au Sahel. Un rapport de l’organisation Insecurity Insight, publié en mars 2025, met en lumière la montée des critiques et des tensions géopolitiques alimentées par cette mesure.
Un rejet croissant de l’aide internationale
L’analyse des discussions en ligne au Burkina Faso, au Mali et au Niger révèle une vague de contestation à l’égard des ONG et des bailleurs de fonds internationaux. Les discours nationalistes et pro-russes prennent de l’ampleur, remettant en cause l’impact de l’aide au développement. « L’aide internationale ne profite qu’aux donateurs et renforce notre dépendance », dénonce un commentaire malien étudié dans le rapport.
Les données collectées montrent un rejet particulièrement marqué au Burkina Faso (645 commentaires négatifs sur 810) et au Mali (587 sur 698), tandis que les réactions au Niger sont plus nuancées (44 commentaires critiques sur 96). Les principales préoccupations évoquées concernent la dépendance économique, les soupçons de corruption et une ingérence perçue des pays occidentaux.
L’essor des discours pro-russes
En parallèle, le rapport souligne l’augmentation des messages valorisant la Russie comme un partenaire plus respectueux de la souveraineté des États africains. « L’Occident impose des conditions et des chantages avec ses aides, alors que la Russie nous traite en égaux », affirme un utilisateur malien cité dans l’étude.
Ce rejet de l’aide humanitaire ne se limite pas aux discussions en ligne : des mesures concrètes ont été prises, notamment l’expulsion d’ONG comme Acted et Action pour le Bien-Être (APBE) au Niger. Par ailleurs, les personnes défendant l’aide internationale font face à une répression croissante sur les réseaux sociaux, sous forme d’insultes et d’accusations de trahison, réduisant ainsi l’espace humanitaire.
Une décision politique aux conséquences mondiales
Le gel des financements de l’USAID s’inscrit dans une politique plus large de réévaluation de l’aide étrangère initiée par Donald Trump. Déjà lors de son premier mandat (2017-2021), il avait tenté de réduire les budgets d’aide au développement, qualifiant ces dépenses d’« inutiles » et les conditionnant aux intérêts stratégiques des États-Unis. En 2019, il avait notamment suspendu plusieurs programmes d’aide en Amérique latine, reprochant aux gouvernements concernés de ne pas lutter efficacement contre l’immigration vers les États-Unis.
Son retour à la présidence en 2025 a marqué une nouvelle phase de restrictions budgétaires. L’ordre exécutif du 20 janvier 2025 a gelé les financements de l’USAID pour une durée de 90 jours, officiellement pour « réévaluer et réaligner » l’aide étrangère en fonction des intérêts américains. Cette mesure a entraîné des perturbations majeures dans plusieurs programmes humanitaires en Afrique et en Asie, affectant des secteurs essentiels tels que la santé, l’éducation et les infrastructures.
Ainsi, au-delà des implications financières, cette décision a contribué à renforcer la défiance envers l’aide internationale, avec des répercussions notables sur la dynamique géopolitique et humanitaire au Sahel.







