Depuis l’annonce par le gouvernement de l’ouverture de consultations nationales sur la relecture de la Charte des partis politiques, une classe politique jusqu’ici absente du débat public sort soudainement de sa torpeur. Mais pour défendre quoi ? Le peuple ou ses propres intérêts ?
Voilà des mois que les partis politiques brillaient par leur silence, évitant soigneusement de s’impliquer dans les grands enjeux de l’heure : sécurité, gouvernance, reconstruction de l’État. Pourtant, à la moindre initiative visant à repenser le cadre politique national, les voilà mobilisés, entre conférences de presse, réunions à huis clos et menaces à peine voilées contre les autorités de la Transition.
Dialogue ou diversion ?
Depuis la « rectification » de la Transition opérée en mai 2021 par le Général Assimi GOÏTA, le gouvernement malien s’est engagé sur la voie du dialogue inclusif. Des Assises nationales de la Refondation (ANR) au Dialogue inter-malien, en passant par les consultations régionales, les autorités ont systématiquement ouvert la parole aux citoyens, à la diaspora et aux forces vives de la Nation. Loin d’une fuite en avant, cette démarche vise à ancrer les décisions dans une légitimité collective, fidèle à l’héritage malien du consensus – de la Charte du Manden aux concertations de 1991.
C’est dans cette continuité qu’ont été lancées, le 9 avril 2025, les consultations nationales sur la relecture de la Charte des partis politiques. Deux phases sont prévues : une phase régionale les 16 et 17 avril dans tout le pays et dans 49 représentations diplomatiques à l’étranger, puis une phase nationale à Bamako, les 28 et 29 avril, réunissant les délégués des régions, du District et de la diaspora.
Objectif : recueillir les propositions des partis et de la société civile afin d’adapter le paysage politique aux réalités actuelles. En clair, il s’agit d’ouvrir un débat national sur le rôle, le fonctionnement et l’utilité des partis politiques dans un Mali en quête de refondation.
Un rejet suspect et révélateur
Mais alors que le processus se veut ouvert et participatif, certains partis s’y opposent vigoureusement. Pourquoi rejeter une initiative qui leur offre justement l’occasion de se faire entendre ? Que redoutent-ils ?
Lors d’une conférence de presse le 15 avril, plusieurs responsables politiques ont exprimé leur méfiance, allant jusqu’à évoquer, sans preuve, une volonté de dissoudre les partis comme cela s’est fait au Burkina Faso et au Niger. Une posture qui interroge : pourquoi préférer les insinuations aux discussions de fond ? Pourquoi se méfier du dialogue quand on se prétend démocrate ?
L’ombre de privilèges menacés
La réaction disproportionnée des partis cache-t-elle une crainte plus profonde ? Celle de perdre le monopole de la parole publique ? Depuis des décennies, des milliards de francs CFA ont été alloués à ces formations au nom de l’éducation à la citoyenneté et à la démocratie. Où sont passés ces fonds ? Quelles traces tangibles ont-ils laissées ?
Aujourd’hui, ces mêmes acteurs affirment que les citoyens ne seraient « pas assez outillés » pour participer à une discussion sur la Charte des partis. Une déclaration troublante, qui sonne comme l’aveu d’un échec – ou d’un mensonge. Ont-ils vraiment œuvré pour la formation du peuple, ou se sont-ils contentés de profiter du système sans rien bâtir de durable ?
La menace extérieure comme diversion
Ce regain d’agitation politique survient également dans un contexte diplomatique tendu, après l’incident de Tinzaoutène où un drone malien a été abattu par l’Algérie. Au lieu de faire bloc pour défendre la souveraineté du Mali, certains opposants préfèrent s’attaquer aux institutions nationales. Pire : selon des sources concordantes, certains responsables politiques se rendraient prochainement en Algérie – une démarche suspecte alors que les tensions restent vives.
Vers une recomposition ou un baroud d’honneur ?
La classe politique malienne traverse une crise de légitimité. Plutôt que de participer activement à la refondation, certains préfèrent bloquer toute tentative de réforme. Non pas parce qu’ils croient en la démocratie, mais parce qu’ils redoutent que le peuple, mieux informé et plus exigeant, leur demande enfin des comptes.
Ce refus du dialogue, cette instrumentalisation du soupçon et cette frilosité à s’exposer au jugement populaire sont autant de signes d’un malaise profond. Loin de menacer la démocratie, les consultations en cours visent à la revigorer. Les partis politiques doivent choisir : s’inscrire dans le renouveau ou s’accrocher à un système en déclin.







