Le gouvernement malien a dévoilé, lors d’une cérémonie officielle présidée par le Premier ministre Abdoulaye Maïga et le ministre de l’Économie et des Finances Alousséni Sanou, la Stratégie nationale pour l’émergence et le développement durable (Snedd) 2024-2033. Cette ambitieuse feuille de route décennale, dont le coût prévisionnel s’élève à 61 232 milliards F CFA, entend jeter les bases du « Mali Nouveau », résilient, souverain et prospère.
Une vision structurée autour de cinq axes stratégiques
La Snedd s’articule autour de cinq piliers majeurs :
- Renforcement de la souveraineté, paix et sécurité, dans un contexte sous-régional de plus en plus volatile ;
- Refondation de la gouvernance, afin de restaurer la confiance entre citoyens et institutions ;
- Transformation structurelle de l’économie et croissance durable, par l’industrialisation, la relance agricole et l’économie verte ;
- Développement du capital humain et des territoires résilients, pour corriger les déséquilibres sociaux et géographiques ;
- Gestion durable de l’environnement et résilience climatique, dans un pays confronté à une pression croissante sur ses ressources naturelles.
Avec un investissement annuel moyen de 6 123 milliards F CFA, ce plan nécessite un financement complémentaire de 1 139 milliards F CFA par an, soulignant les limites des ressources internes de l’État malien et la nécessité de partenariats publics-privés et de financements extérieurs innovants.
Vision Mali Kura 2063 : Projection à long terme et projets structurants
La stratégie est complétée par la Vision Mali Kura 2063, une projection prospective qui identifie 11 projets phares dans des domaines jugés stratégiques :
- Agriculture : Farafina Jigine pour une souveraineté alimentaire ;
- Énergie : Yelen Kura, pour une transition énergétique inclusive ;
- Industrie : Industrialiser le Mali pour accélérer la transformation locale ;
- Culture et patrimoine : Kankou Moussa Seguina, pour valoriser l’identité malienne ;
- Urbanisme : Sigida Yiriwa, pour maîtriser l’explosion démographique urbaine ;
- Numérisation : Innovation & Numérisation, pour moderniser l’administration et stimuler l’économie numérique ;
- Environnement : Mali Vert et Bien-être, pour faire face aux défis écologiques ;
- Et également : formation (Programme Sankoré), intégration régionale, réformes institutionnelles, infrastructure géospatiale.
- Performances macroéconomiques : entre maîtrise budgétaire et croissance modérée
Le Mali a enregistré une croissance de 4 % du PIB en 2024, principalement portée par l’agriculture et les services. Le déficit budgétaire a été ramené à 2,9 %, grâce notamment à une meilleure gestion de la masse salariale publique et à la digitalisation des recettes fiscales et douanières. La dette publique, estimée à 52,6 % du PIB, reste jugée soutenable par la Banque mondiale, avec un risque de surendettement modéré.
Une réponse à l’urgence, mais quelle place pour l’innovation durable ?
La présentation de la Snedd intervient dans un contexte national marqué par l’urgence sécuritaire, sociale et institutionnelle. Si les ambitions sont à la hauteur des défis, le tempo de la stratégie semble davantage répondre à la pression du présent qu’à une transformation de fond tournée vers l’économie de demain. L’accent mis sur la souveraineté et la sécurité est compréhensible, mais le manque de détails sur le financement, les mécanismes de gouvernance et les innovations durables suscite des interrogations.
Dans ce contexte, la Snedd et la Vision Mali Kura seront jugées non pas à l’aune de leurs intentions, mais de leur capacité à produire des résultats tangibles, inclusifs et mesurables, dans une approche résolument participative.







