La rupture est désormais actée : depuis le 30 juin 2025, l’État du Mali a officiellement mis fin à sa subvention de l’enseignement privé catholique. Cette décision découle d’un protocole d’accord signé le 3 avril entre le ministre de l’Économie et des Finances, Alousséni Sanou, et Monseigneur Augustin Traoré, vice-président de la Conférence épiscopale du Mali.
Depuis plusieurs années, les relations entre l’État et l’enseignement catholique étaient fragilisées par des arriérés de paiements répétés. À l’origine de cette coopération figuraient deux conventions majeures : celle du 20 février 1969, relue en 2008, encadrant les rapports entre la Conférence épiscopale et le personnel enseignant ; et celle du 8 août 1972, qui définissait les engagements mutuels entre l’État et l’Église en matière éducative.
Des principes forts, mais un soutien financier en déclin
Considéré comme un service d’intérêt général, l’enseignement privé catholique malien s’est toujours voulu inclusif, respectueux de la liberté de conscience et attaché à la formation citoyenne. Ses établissements accueillent des élèves de toutes confessions et couches sociales.
La convention prévoyait que l’État prenne en charge jusqu’à 80 % du traitement salarial des enseignants, à compétences égales avec ceux du public. Cependant, les défaillances récurrentes dans le versement de ces aides ont fini par miner la collaboration. Incapable d’assurer durablement cette charge financière, l’État a opté pour une rupture concertée.
Le protocole de sortie : entre compromis et responsabilités partagées
L’accord signé prévoit une dernière subvention de 2,867 milliards FCFA pour couvrir les salaires de l’année scolaire 2024-2025, ainsi qu’un appui de 1,5 milliard FCFA pour apurer partiellement les arriérés dus. En outre, l’État a annulé une dette fiscale de 494 millions FCFA contractée par les structures catholiques et s’est engagé à couvrir 50 % des indemnités de licenciement du personnel concerné.
De son côté, la Conférence épiscopale s’engage à tout mettre en œuvre pour éviter les fermetures d’écoles et, le cas échéant, à soumettre au ministère une liste des établissements menacés de fermeture avant le 31 janvier 2026.
Un tournant majeur pour l’éducation malienne
Ce désengagement marque un tournant dans l’histoire de l’enseignement au Mali. Le réseau catholique, pionnier de l’éducation dans le pays, a longtemps contribué à l’extension de la scolarisation, notamment dans les zones reculées. Son retrait partiel risque d’aggraver les fragilités du système éducatif national, déjà sous pression.
La fin de cette coopération interroge sur la capacité de l’État à maintenir une offre éducative de qualité accessible à tous. Elle soulève aussi des inquiétudes quant à l’avenir de milliers d’élèves et enseignants dépendant de ce modèle scolaire.







