Après huit années à la tête de l’Office Central de Lutte Contre l’Enrichissement Illicite (OCLEI), Moumouni Guindo a tiré sa révérence en présentant au Premier ministre, le Général de Division Abdoulaye Maïga, le rapport final de son mandat. Ce document, dense et sans complaisance, dresse un tableau à la fois rigoureux et édifiant de la lutte contre la corruption au Mali.
100 dossiers, 63 cas avérés de corruption et 32 milliards de FCFA détournés
Selon les données compilées par l’OCLEI, 100 dossiers ont été analysés par l’Office, dont 63 ont révélé des cas de corruption avérés. Le montant global des sommes détournées s’élève à 32 milliards de francs CFA, illustrant l’ampleur du phénomène et la nécessité d’une vigilance institutionnelle accrue.
L’Office a également procédé à l’identification et la saisie de plus de 500 biens immobiliers, appartenant à une quarantaine de personnes mises en cause dans ces affaires. Ce travail de terrain, méticuleux, s’est appuyé sur des mécanismes d’enquête renforcés au fil des années.
Une coopération renforcée et des résultats probants à l’international
Au-delà des frontières, l’OCLEI a consolidé son réseau de partenaires en signant douze accords de coopération internationale, facilitant ainsi le suivi des investissements suspects à l’étranger. Ces partenariats ont permis la mobilisation de 15 milliards de FCFA de ressources extérieures pour soutenir les services publics maliens.
Déclarations de biens : une dynamique nouvelle
L’un des acquis majeurs du mandat de Moumouni Guindo reste l’instauration d’une culture de déclaration de patrimoine. Alors que seules 43 déclarations avaient été enregistrées avant la création de l’OCLEI, ce sont désormais 2 000 déclarations qui ont été traitées, signal d’un changement progressif des mentalités dans la sphère publique.
Recherche, sensibilisation et implication citoyenne
Sept études approfondies ont été conduites pour décrypter les mécanismes de l’enrichissement illicite et formuler des réponses structurelles. En parallèle, l’OCLEI a mené de vastes campagnes de sensibilisation, mobilisant les jeunes, les leaders religieux, les clubs citoyens et autres composantes de la société civile. L’institution a également pris part à des chantiers d’envergure, comme l’élaboration de la Constitution du 22 juillet 2023, dans laquelle elle a défendu les principes de transparence et d’éthique publique.
Des textes à réformer pour une efficacité accrue
Malgré les avancées, le président sortant n’a pas manqué de souligner un obstacle juridique majeur : l’absence explicite du mot “corruption” dans les textes fondateurs de l’OCLEI. Il plaide pour une réforme ambitieuse afin d’aligner le cadre légal malien sur les standards internationaux, et de permettre à l’Office d’étendre son action, notamment dans le secteur privé, aujourd’hui peu couvert.
Un engagement salué par les plus hautes autorités
Le Premier ministre a salué “un bilan élogieux”, soulignant la rigueur et la persévérance dont Moumouni Guindo a fait preuve tout au long de son mandat. Il a réaffirmé que la lutte contre l’enrichissement illicite demeure une priorité nationale, et a assuré que les efforts engagés seront consolidés.







