Ce vendredi matin, devant les membres du Conseil National de Transition (CNT), le Premier ministre malien, le Général de division Abdoulaye Maïga, a présenté le Plan d’Action du Gouvernement (PAG) pour la période 2025-2026. Une allocution dense, d’un peu plus d’une heure, qui trace les contours d’un Mali en quête de souveraineté, de stabilité et de reconstruction. Mais dans ce tableau volontariste, la tenue des élections passe au second plan, reléguée derrière les urgences sécuritaires et économiques.
Une transition recentrée sur la défense
Dès l’ouverture de son discours, le ton est donné : la sécurité nationale est érigée en priorité absolue. Le chef du gouvernement insiste sur le renforcement des capacités des Forces armées maliennes (FAMa), la reconquête des zones stratégiques du territoire et l’acquisition de nouveaux équipements militaires. « La liberté et l’indépendance ont un prix », déclare-t-il, rendant un hommage appuyé aux soldats tombés sur le champ d’honneur. Ce positionnement conforte une orientation stratégique déjà amorcée depuis plusieurs mois : la primauté de la souveraineté sécuritaire sur les exigences démocratiques.
Des élections évoquées du bout des lèvres
Alors que toute transition politique est censée conduire vers un retour à l’ordre constitutionnel, la question électorale apparaît en filigrane, presque marginale dans le PAG. Il faut attendre le huitième et dernier axe du document pour entendre parler d’élections « apaisées et transparentes ». Aucun calendrier n’est précisé, aucune échéance mentionnée. Le tout est confié à l’Autorité Indépendante de Gestion des Élections (AIGE), sans précisions techniques ni visibilité concrète sur le processus.
Un flou qui contraste fortement avec la rigueur détaillée des autres volets du plan, notamment ceux liés aux projets d’infrastructures, à la montée en puissance des centrales solaires ou à la relance de l’économie nationale.
Une légitimité politique en suspens
L’impasse sur un horizon électoral clair soulève des interrogations légitimes sur la volonté réelle du gouvernement de clore la transition. Certes, le Premier ministre s’est voulu rassurant, affirmant que « le gouvernement n’épargnera aucun effort pour éviter une crise électorale ». Mais ces paroles, noyées dans des considérations techniques, juridiques et sécuritaires, peinent à convaincre. Les élections ne sont ni annulées ni oubliées. Elles sont simplement repoussées. Conditionnées. Subordonnées à une stabilité à reconquérir et à une transition qui semble s’éterniser.
Une hiérarchie assumée des priorités
À travers ce PAG, le Mali affirme une hiérarchie politique claire : priorité à la sécurité, à la souveraineté, à l’autosuffisance économique. Le retour à la légitimité électorale, pourtant central dans toute dynamique de transition, est relégué en arrière-plan. Les institutions politiques attendront. L’État malien veut d’abord se reconstruire par la force, avant de se refonder par les urnes.







