C’est une décision historique aux répercussions majeures sur le paysage politique malien. Le président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, a officiellement promulgué, ce mardi 13 mai 2025, la loi n°2025-005, mettant fin à deux piliers de la vie démocratique : la Charte des partis politiques (2005) et le Statut de l’opposition politique (2015).
L’annonce a été faite en direct sur les antennes de l’ORTM, la télévision nationale, confirmant l’adoption de cette loi par le Conseil national de Transition (CNT), réuni la veille.
Un tournant juridique majeur
L’article 1er du nouveau texte législatif stipule clairement que les lois antérieures sont abrogées « dans toutes leurs dispositions ». En d’autres termes, le cadre légal qui régissait la création, l’organisation, le fonctionnement des partis politiques et la reconnaissance formelle de l’opposition politique disparaît purement et simplement.
L’article 2 précise qu’un nouveau dispositif juridique sera rédigé ultérieurement, en conformité avec la Constitution. Cependant, aucun calendrier ni avant-projet n’a encore été communiqué, alimentant les interrogations sur les intentions à moyen terme des autorités de transition.
Refondation ou concentration du pouvoir ?
Pour les soutiens du président Goïta, cette initiative s’inscrit dans une volonté de rupture avec un système jugé inefficace, clientéliste et responsable de la profonde crise de gouvernance. Ils défendent une vision de refondation de l’État où les partis politiques, accusés de prioriser leurs intérêts au détriment de l’intérêt général, ne seraient plus les acteurs centraux du jeu politique.
Mais pour d’autres, cette décision ouvre une période d’incertitude préoccupante. La suppression simultanée des deux textes sans alternative immédiate crée un vide institutionnel, qui pourrait affaiblir davantage le pluralisme politique et la liberté d’organisation des courants d’opinion.
Une recomposition à surveiller de près
Alors que le Mali est engagé dans un processus de transition censé conduire à un retour à l’ordre constitutionnel, cette mesure suscite à la fois espoir et inquiétude. Si elle marque un coup d’arrêt à l’architecture partisane actuelle, elle laisse en suspens la nature et les garanties du futur cadre politique.
Dans l’attente d’un nouveau texte de loi, le système politique malien entre dans une zone grise, sans cadre juridique formel pour les partis ni pour l’opposition. Une situation inédite qui appelle vigilance, débat citoyen et transparence des autorités sur la prochaine étape.







