Dans un tournant décisif pour la scène politique malienne, le Conseil national de Transition (CNT) a adopté ce lundi un projet de loi abrogeant deux piliers de la vie politique du pays : la loi n°05-047 du 18 août 2005 portant charte des partis politiques, et la loi n°2015-007 du 4 mars 2015 relative au statut de l’opposition politique. Cette décision, prise en séance plénière, a recueilli 130 voix favorables contre 2 oppositions, sans aucune abstention, sur un total de 132 membres présents.
Cette abrogation suscite une vive émotion au sein de l’opinion publique, notamment à Bamako, où des inquiétudes se sont rapidement exprimées quant à une éventuelle remise en cause du pluralisme politique chèrement acquis au fil des décennies. Dans les rues de la capitale, certains citoyens redoutent un retour en arrière, à rebours des acquis démocratiques post-1991.
Face à cette levée de boucliers, le président du CNT, le Général de Corps d’Armée Malick Diaw, s’est voulu rassurant. S’exprimant à l’issue du vote, il a souligné que l’adoption de ces textes ne visait ni à « enterrer le multipartisme » ni à « affaiblir le statut de l’opposition ». Il a insisté sur le fait qu’il s’agit plutôt d’une phase de réforme politique, visant à « refonder » le cadre législatif pour le rendre « plus adapté aux défis actuels de gouvernance, d’unité nationale et de stabilité institutionnelle ».
Selon des sources parlementaires, cette abrogation serait en réalité une étape transitoire, précédant l’élaboration d’un nouveau cadre juridique censé mieux encadrer l’activité des partis politiques et clarifier les rôles institutionnels de l’opposition. Le gouvernement de transition n’a toutefois pas encore communiqué de calendrier précis sur l’adoption de nouveaux textes de loi.
Dans un contexte politique tendu et à l’approche d’échéances électorales majeures, cette initiative législative marque une volonté de restructuration de l’espace politique malien, mais elle interpelle également sur les garanties démocratiques à maintenir, dans un pays confronté à une transition prolongée et une crise de légitimité persistante.







