Le président de la transition du Niger, le général Abdourahamane Tiani, a vivement mis en cause le Bénin, l’accusant d’avoir contribué à l’essor des attaques terroristes dans la sous-région en raison de sa coopération militaire étroite avec la France. Une sortie musclée qui consacre une nouvelle fracture diplomatique entre Niamey et Cotonou.
Une sortie virulente sur la télévision nationale
Lors d’une intervention télévisée particulièrement offensive samedi soir sur la chaîne nationale nigérienne, le général Tiani a dénoncé ce qu’il qualifie de « choix dangereux » opérés par le gouvernement béninois. Selon lui, l’alliance militaire entre le Bénin et la France serait à l’origine de la recrudescence des attaques djihadistes dans la région frontalière. Il parle même d’un « pacte avec les troupes de déstabilisation françaises », en référence directe à la présence française que Niamey a récemment expulsée dans un climat tendu de souverainisme assumé.
« Ce ne sont pas de simples attaques terroristes. Ce sont les conséquences directes de décisions politiques périlleuses prises par les autorités béninoises », a affirmé Tiani, dans un ton sans équivoque.
Le nord du Bénin en ligne de front
Le général s’est appuyé sur les événements tragiques survenus depuis le début de l’année 2025 au nord du Bénin, théâtre de plusieurs offensives meurtrières. Il cite notamment l’attaque du mois de janvier, ayant coûté la vie à 36 militaires béninois dans la zone stratégique du « point triple », à la jonction entre le Bénin, le Niger et le Burkina Faso.
Pour le président nigérien, cette attaque n’est pas fortuite : elle serait directement liée à la fin du protocole de non-agression entre les forces béninoises et les troupes françaises, intervenue le 31 décembre 2024. À peine une semaine plus tard, les groupes armés reprenaient leurs assauts. Un enchaînement qu’il juge révélateur.
« Une opération montée de toutes pièces »
Le général Tiani va plus loin en évoquant une attaque d’envergure contre une base militaire béninoise. Selon ses dires, un arsenal impressionnant y a été découvert, disproportionné par rapport aux effectifs censés tenir le poste. Il évoque une logistique militaire digne d’un bataillon de 400 hommes, alors que le site n’était occupé que par une cinquantaine de soldats. Pour lui, cette opération relève d’une planification lourde, avec des complicités et des soutiens extérieurs non identifiés.
« Ce n’est pas une coïncidence. C’est une offensive structurée, orchestrée avec des moyens de guerre », a-t-il martelé.
Suite à cette attaque, les forces béninoises se seraient repliées, laissant le champ libre à quelque 350 combattants de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP), qui auraient pris le contrôle de la zone. Tiani qualifie ce retrait de « fuite stratégique maquillée », dénonçant ce qu’il considère comme un aveu d’impuissance de la part des forces béninoises.
Talon dans le viseur
La rupture est désormais consommée entre Niamey et Cotonou. Tiani n’a pas mâché ses mots à l’égard du président béninois, Patrice Talon, qui avait précédemment reproché au Niger un laxisme aux frontières. Le chef de la transition nigérienne a renvoyé la balle, accusant son homologue de collaborer en toute impunité avec les puissances occidentales, notamment la France, dans ce qu’il considère comme une démarche néocoloniale déguisée.
« On nous traite d’incapables, alors que ce sont eux qui pactisent avec les forces étrangères qui ont semé le chaos dans notre région », s’est indigné Tiani.
La frontière reste fermée
Dans ce contexte, Niamey a décidé de maintenir la fermeture totale de sa frontière avec le Bénin. Seuls les échanges avec le Nigeria continuent, bien que sous haute surveillance. Le message de Tiani est sans ambiguïté : tant que le Bénin poursuivra sa coopération militaire avec la France, la frontière restera scellée
Enjeux géopolitiques et tensions régionales
Cette escalade verbale reflète une tension croissante au sein des relations interétatiques en Afrique de l’Ouest, dans un contexte de redéfinition des alliances militaires et d’un rejet croissant de la présence française dans la région sahélienne. La rupture entre le Niger et le Bénin, au-delà de ses dimensions militaires, soulève des interrogations majeures sur la stabilité régionale, la lutte contre le terrorisme, et l’avenir de la coopération sécuritaire en Afrique de l’Ouest.







