En voulant rassurer, il a suscité l’incompréhension, voire l’indignation. Le ministre malien de l’Économie et des Finances, Alousséni Sanou, a affirmé lors de son passage dans l’émission Malikura Tansira que le taux de chômage au Mali aurait chuté de 6,1 % en 2021 à 3,5 % en 2025. Une déclaration perçue comme triomphaliste, mais qui a surtout fait bondir de nombreux citoyens sur les réseaux sociaux.
« C’est le fruit des réformes engagées pour relancer l’économie et améliorer le marché du travail », a défendu le ministre, mettant en avant une dynamique « positive » de l’emploi.
Cependant, cette lecture optimiste de la situation est largement contestée par les internautes, qui y voient un décalage flagrant entre les chiffres officiels et la réalité quotidienne vécue par une majorité de Maliens.
Une perception populaire en totale dissonance avec les chiffres
Sur Facebook, Twitter et dans de nombreux groupes WhatsApp, les réactions ont fusé. Nombre d’internautes dénoncent un chômage endémique masqué par l’omniprésence du secteur informel, la précarisation de l’emploi, et une économie fragilisée par les coupures d’électricité, la réduction des activités des ONG et les fermetures d’entreprises locales.
« Peut-être que les 3,5 % s’appliquent aux bureaux climatisés du ministère », ironise un utilisateur sur Facebook.
Derrière l’humour grinçant, c’est une colère sociale latente qui s’exprime : artisans en arrêt faute de courant, vendeuses ambulantes sans clients, techniciens licenciés faute de projets, jeunes diplômés livrés à la débrouille quotidienne… Les témoignages affluent, révélant un pays où le travail décent se fait rare et où la survie économique repose souvent sur des mécanismes informels.
Un indicateur décrié et un climat social tendu
Pour de nombreux observateurs, le chiffre avancé par le ministre soulève plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Quels critères ont été utilisés pour établir ce taux ? Quelle méthodologie ? Et surtout, qui est réellement pris en compte dans ce calcul ? Dans un contexte où l’emploi informel représente plus de 80 % de l’activité économique, le recours à des statistiques brutes semble peu représentatif de la réalité du terrain.
Cette sortie ministérielle met en lumière une problématique récurrente au Mali : la communication institutionnelle reste souvent perçue comme déconnectée des réalités sociales. Dans un pays marqué par la pauvreté, l’instabilité et la désillusion des jeunes, les discours officiels doivent s’ancrer dans la transparence, l’écoute et l’honnêteté des faits.
Conclusion : une parole publique fragilisée par la défiance
Au-delà de la polémique, cet épisode illustre une rupture profonde entre le discours politique et les attentes citoyennes. Dans un contexte économique contraint, l’annonce d’une baisse du chômage, sans perception concrète d’une amélioration sur le terrain, fragilise la crédibilité de la parole publique.
Pour rétablir la confiance, il ne suffit pas de publier des statistiques. Il faut les expliquer, les contextualiser et surtout les faire vivre dans l’expérience quotidienne des Maliens.







