ASKIA 24
  • Accueil
  • Nord Actu
  • Politique
  • Sahelfox
  • Sécurité
  • Société
    • Atout
    • Culture
    • Éducation
    • Enquêtes
    • Faits Divers
    • Femmes et Jeunes
    • Santé
    Kati : les syndicats de l’IFM en arrêt de travail

    Kati : les syndicats de l’IFM en arrêt de travail

    Mali : les enseignants-chercheurs rappelés à l’ordre

    Mali : les enseignants-chercheurs rappelés à l’ordre

    Trafic de drogue : 120 briques de cannabis saisies à Koutiala

    Trafic de drogue : 120 briques de cannabis saisies à Koutiala

Pas de resultats
Voir tous les resultats
  • Accueil
  • Nord Actu
  • Politique
  • Sahelfox
  • Sécurité
  • Société
    • Atout
    • Culture
    • Éducation
    • Enquêtes
    • Faits Divers
    • Femmes et Jeunes
    • Santé
    Kati : les syndicats de l’IFM en arrêt de travail

    Kati : les syndicats de l’IFM en arrêt de travail

    Mali : les enseignants-chercheurs rappelés à l’ordre

    Mali : les enseignants-chercheurs rappelés à l’ordre

    Trafic de drogue : 120 briques de cannabis saisies à Koutiala

    Trafic de drogue : 120 briques de cannabis saisies à Koutiala

Pas de resultats
Voir tous les resultats
ASKIA 24
Pas de resultats
Voir tous les resultats

Bois d’énergie et désertification au Mali : une spirale écologique incontrôlée

Bois d’énergie et désertification au Mali : une spirale écologique incontrôlée

Depuis plusieurs années, le Mali fait face à une crise forestière aux effets en cascade. L’enjeu déborde le seul environnement puisqu’il touche l’économie rurale, l’accès à l’énergie, les équilibres sociaux et, en filigrane, la stabilité du pays. La raréfaction des ressources ligneuses fragilise les terres agricoles et tend à accroître les tensions entre communautés.

Bois de chauffe collecté pour les besoins des ménages à Fayra, région de Ségou

À Fayra, Korotum Coulibaly, mère de trois enfants, tousse en préparant le petit déjeuner de sa famille. L’air est chargé de fumée, la pièce qui lui sert de cuisine s’emplit d’irritations et d’inquiétude : « On sait que c’est mauvais, mais le gaz est trop cher », souffle-t-elle, les yeux rougis.
À Mountougoula, Yacouba Traoré, le regard sombre, s’affaire près d’une charrette chargée de bois : « Oui, c’est mauvais. L’eau baisse. Mais que faire ? On n’a rien d’autre », explique-t-il, témoin du recul des ceintures boisées et de ses effets sur les rizières de son village.

Abattage de bois pour l’énergie domestique dans la zone de Mountougoula, cercle de Kati

Sol pastoral fortement dégradé à Fayra, dans la région de Ségou.

Boubacar Samaké, riziculteur à Sanankoroba, montre sa parcelle fissurée : « On creuse plus profond pour irriguer, mais l’eau ne remonte plus. La forêt nous protégeait. Sans elle, la terre se meurt ».

À Bamako, la file des boulangeries qui consomment chacune plus d’une tonne de bois par jour, selon les données du ministère de l’Environnement, ne cesse de grandir. Et, chaque matin, les charrettes quittent les villages pour alimenter les fours de la capitale, emportant avec elles un morceau de la forêt malienne.

Dans ce Mali en manque de souffle, la crise du bois d’énergie ne se raconte pas seulement en chiffres : elle se lit dans les gestes quotidiens, les voix fatiguées et les regards qui cherchent encore — sur une terre qui s’épuise — le fragile équilibre de la vie.

Au Mali, les pertes de couvert arboré s’accentuent. Les services forestiers maliens évoquent depuis plusieurs années une déforestation annuelle d’environ 400 000 hectares, principalement liée à la coupe de bois, à la production de charbon et à l’extension agricole. Il s’agit d’une estimation administrative. En complément de ces estimations nationales, les données issues de Global Forest Watch indiquent que le Mali comptait environ 6,9 millions d’hectares de forêts naturelles en 2020, tandis que des pertes annuelles de couvert arboré sont observables de manière continue.

Selon le programme de neutralité en matière de dégradation des terres de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD), des analyses fondées sur l’imagerie satellitaire estiment que 2,5 à 2,7 millions d’hectares par an sont affectés par des processus de dégradation des terres au Mali, en incluant les savanes boisées et les parcs agroforestiers.

Selon le Profil Pays sur l’Énergie Renouvelable au Mali, publié en 2018 par le Groupe de la Banque africaine de développement, la biomasse (bois ou charbon de bois) constitue la principale source d’énergie du pays, représentant environ 78 % de l’approvisionnement énergétique primaire. Cette dépendance est particulièrement marquée dans le secteur domestique, où la majorité des ménages ont recours au bois ou au charbon pour la cuisson.

Située à une trentaine de kilomètres au sud-est de Bamako, Mountougoula offre un paysage bouleversé : troncs secs, sols rougeâtres durcis, eucalyptus et karités devenus rares. Chaque matin, des convois de charrettes chargés de bois partent des villages voisins pour alimenter les fours des boulangers de la capitale. Le constat n’est pas isolé : des forêts de Baoulé au Gourma, la même scène se répète, signe d’un appauvrissement progressif du couvert arboré.

La dynamique modifie l’équilibre écologique puisque l’eau de pluie s’infiltre moins, le ruissellement s’intensifie, les mares saisonnières se vident plus tôt et les ceintures boisées qui protégeaient les bas-fonds reculent. Ces changements affectent directement les communautés à travers des terres cultivables qui s’épuisent, des parcours pastoraux qui se ferment, avec à la clé des déplacements forcés et un exode rural accru.

Une étude réalisée en 2015 sur les boulangeries au Mali relève qu’entre 2010 et 2015, le nombre d’établissements est passé de 133 à 313, soit une augmentation de 180 unités en cinq ans, un grand nombre d’entre eux fonctionnant exclusivement au bois comme source d’énergie.

Des alternatives encore limitées

Dans plusieurs régions rurales, des initiatives locales tentent de réduire la dépendance au bois. À Ségou, la coopérative Sabunyuman produit des briquettes à partir de résidus de récolte. Dans les cercles de Kita et de Kati, des groupements communautaires appuyés par des ONG développent des pépinières et des foyers améliorés tout en introduisant des pratiques agroécologiques. Pour Ahmed Sékou Diallo, directeur exécutif de l’ONG AFAD, « ces technologies réduisent la consommation de bois et améliorent la qualité de vie, notamment pour les femmes qui passent moins de temps à chercher le combustible ».

L’environnementaliste Ousmane Samassékou, promoteur du projet SewaBiogaz, souligne que ces initiatives « peuvent soutenir une économie locale verte » si elles bénéficient d’un appui durable.

Mais ces innovations restent limitées. Selon le tableau de bord international Tracking SDG7 (ESMAP/SEforALL/Banque mondiale), l’accès à des solutions de cuisson propres au Mali demeure très marginal, ne concernant qu’environ 1 % de la population. Cette situation s’explique en grande partie par le coût d’acquisition des alternatives au bois-énergie. Les coûts des foyers de cuisson améliorés varient fortement selon les modèles, les matériaux et les modalités de diffusion. Selon des documents techniques du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), des foyers améliorés simples sont proposés, dans certains contextes de diffusion, à des coûts de l’ordre de quelques milliers de francs CFA. À une échelle plus large, des analyses internationales indiquent que certains foyers améliorés peuvent coûter entre 15 et 30 dollars américains selon le niveau de performance et la technologie, soit environ 10 000 à 20 000 francs CFA. Cette large dispersion des prix reflète l’hétérogénéité des technologies disponibles et l’absence de données consolidées sur les coûts unitaires dans la sous-région.

Quand la survie l’emporte sur la préservation

La dépendance au bois a également des effets sanitaires. Des données publiées par l’Organisation mondiale de la santé indiquent que plus de neuf ménages sur dix utilisent le bois ou le charbon pour la cuisson, exposant les familles à des fumées dans des espaces souvent non ventilés. À Fayra, dans la région de Ségou, Korotum Coulibaly, la mère de trois enfants, souffre de toux persistante et d’irritations oculaires du fait de la cuisson quotidienne au feu de bois.

Pression sur les ressources en eau à Fayra, sur les berges du fleuve Niger (région de Ségou)

Dans ces localités, la coupe du bois n’est pas perçue comme un choix mais comme un moyen de subsistance. « Je coupe du matin au soir pour cuisiner et vendre un peu. Nous savons que la forêt recule, mais nous n’avons pas d’autre ressource », relate Korotum Coulibaly.

L’ancien coupeur de bois Souleymane Coulibaly a cessé cette activité en constatant l’assèchement des mares et la dégradation des sols : « Si on continuait, il n’y aurait plus rien ». Plus au sud, près de Koulikoro, Yacouba Traoré continue de couper malgré sa conscience des impacts. Il rappelle qu’autrefois des interdictions saisonnières étaient imposées localement. « Maintenant, les camions viennent, prennent le bois et repartent. Nous, on reste ici avec la terre qui se vide », regrette-t-il.

À Sanankoroba, Boubacar Samaké, riziculteur, montre des rizières fissurées avant la récolte : « On creuse plus profond pour irriguer, mais l’eau ne remonte plus ». La disparition progressive des ceintures boisées réduit la rétention d’humidité, fragilise les berges et accélère l’assèchement des points d’eau saisonniers. Ici, pauvreté et dégradation avancent de concert, l’une alimentant l’autre.

Raréfaction des ressources et réponses publiques

Dans de nombreuses communes rurales, la pression sur le bois, les terres cultivables et les points d’eau alimente aujourd’hui des tensions autour de l’accès aux ressources. Plusieurs rapports publiés par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD, 2021) montrent que, lorsque la dégradation réduit les pâturages et que les surfaces agricoles s’étendent dans des zones traditionnellement utilisées par les éleveurs, les tensions et conflits entre agriculteurs et éleveurs s’intensifient. Des analyses de la Banque mondiale (2022) confirment également que la réduction des espaces de pâturage, l’extension des surfaces agricoles et la dégradation des terroirs villageois contribuent à ces conflits récurrents, notamment dans les zones agro-pastorales du centre et du sud du pays. Dans ce contexte, les Nations unies ont proclamé 2026 Année internationale des parcours et des éleveurs pastoraux, afin de mettre en lumière le rôle central des systèmes pastoraux dans la gestion durable des terres et la prévention des conflits liés à l’accès aux ressources.

Depuis la loi forestière de 1986, révisée par la Loi n°10-028 du 12 juillet 2010 relative au régime forestier, l’État encadre l’exploitation, la protection et la replantation des espaces boisés. La Stratégie nationale de lutte contre la désertification, adoptée en 1998 par le Mali dans le cadre de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification, et réactualisée à travers les engagements pris dans la Décennie des Nations unies pour la restauration des écosystèmes, vise à freiner l’avancée du front désertique et à restaurer les sols fragilisés.

De plus, le Mali participe à l’initiative régionale de la Grande Muraille Verte, un programme sahélien de restauration des écosystèmes, qui couvre 12 régions, 92 cercles et 204 communes dans le pays, avec pour objectif la restauration d’environ 10 millions d’hectares d’ici 2030. Lors de la Conférence des Parties de Glasgow (2021), le pays a réaffirmé cet engagement en annonçant une réduction de 31 % des émissions liées à la déforestation et en intégrant la restauration des parcours pastoraux et l’agroforesterie dans ses priorités climatiques. Le financement mobilisé s’appuie sur des contributions du Fonds vert pour le climat, de la Banque mondiale, du Programme des Nations unies pour le développement, du Fonds pour l’environnement mondial et de l’Union européenne.

Les résultats restent cependant modestes au regard des objectifs annoncés. En 2024, l’Agence nationale de la Grande Muraille Verte rapporte la restauration de 87 000 hectares et la production de 13 millions de plants. Toutefois, les documents de suivi institutionnels soulignent que la pérennité écologique de ces reboisements reste conditionnée à l’entretien, à la protection des sites et au suivi à long terme. Dans plusieurs zones, les campagnes de reboisement présentent un taux de survie inférieur à 30 %, notamment en raison de l’insuffisance de l’arrosage, des clôtures et du suivi post-plantation. Ces constats sont confirmés par le Programme national de lutte contre la désertification et par la SNV (2024), qui soulignent l’importance déterminante de l’entretien communautaire à long terme.

Dans certaines communes de Koulikoro et de Sikasso, des dispositifs de gestion forestière communautaire ont été mis en place pour répondre à ces difficultés. Dans ces zones pilotes, des comités villageois travaillent avec les services des Eaux et Forêts et les collectivités locales pour fixer des quotas de coupe, organiser la replantation obligatoire après exploitation, surveiller les parcelles et répartir les recettes issues des taxes forestières entre l’État, les communes et les communautés. Ce modèle, qui associe gouvernance locale et redistribution des bénéfices, a permis d’améliorer les taux de survie des reboisements. Une étude publiée en 2021 dans la revue scientifique Akiri-UAO — fondée sur une enquête auprès d’exploitants et l’analyse de cas de gestion forestière autour de Bamako — indique que les zones co-gérées présentent un taux de reconstitution forestière environ deux fois supérieur à celui des zones administrées exclusivement par l’État. Ces expériences restent encore limitées en nombre, mais elles montrent que la préservation durable des forêts dépend de la participation directe des populations qui en vivent.

Cultures maraîchères sur sol dégradé à Sikasso

Des agents forestiers pris pour cible

Dans plusieurs régions, les agents des Eaux et Forêts opèrent dans des contextes où les risques sont élevés. Depuis 2016, plusieurs attaques visant les services des Eaux et Forêts ont été documentées, témoigne un agent des Eaux et Forêts ayant requis l’anonymat. En janvier 2016, un agent des Eaux et Forêts a été tué à Dioura, dans la région de Mopti. En mai 2021, des agents ont été pris pour cible à Nana Kéniéba, dans la région de Koulikoro, tandis qu’un autre a été blessé à Guétela. En octobre 2022, le poste forestier de Katiéna, dans la région de Ségou, a été attaqué, entraînant la mort de deux agents. En janvier 2023, un poste des Eaux et Forêts de Kasséla, également dans la région de Kayes, a été visé. Plus récemment, le 21 mars 2025, deux agents ont perdu la vie lors d’une attaque contre le poste de Diangounté-Camara, dans la région de Kayes. L’Agence malienne de presse et de publicité avait déjà signalé, en 2020, une attaque contre le poste forestier de Zantiébougou, dans la région de Bougouni. Un agent forestier témoigne : « Nous avons cessé d’aller dans certaines zones. Nous ne sommes pas équipés pour intervenir ».

Le cadre réglementaire prévoit que certains agents assermentés puissent porter une arme à feu dans les forêts classées, en vertu d’un décret de 2002 reconnaissant leur statut de paramilitaire. Dans la pratique, cette autorisation ne couvre qu’une partie du territoire et ne s’applique pas aux zones non classées où les agents interviennent pourtant régulièrement. Le port d’armes y reste interdit, ce qui expose les équipes à des situations difficiles.

Par ailleurs, l’application des sanctions prévues par le Code forestier demeure limitée. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (2022), moins d’un cinquième des infractions forestières constatées aboutissent à des sanctions effectives. Plusieurs rapports techniques, dont ceux de la SNV et du GERES, signalent que le manque de moyens humains, logistiques et judiciaires freine les poursuites. En juillet 2023, dans la forêt classée de Tiéssala, dans la région de Kayes, 120 charrettes de bois coupé sans autorisation ont été saisies, sans poursuites ultérieures, selon des informations relayées par Studio Tamani.

Des documents techniques publiés par la FAO sur le bois-énergie au Mali indiquent que cette filière repose largement sur des circuits de production et de commercialisation non structurés, impliquant des acteurs locaux et des chaînes d’approvisionnement peu régulées, typiques de circuits à caractère informel. En l’absence d’un contrôle régulier, ces acteurs fixent les prix et les volumes de transport. Le coût du bois-énergie se situe, dans les circuits informels, autour de 12 francs CFA le kilo, ce qui rend les alternatives énergétiques moins accessibles au regard des revenus moyens.

Selon Sina Joseph Koné, secrétaire général du SYNATEF (syndicat des Eaux et Forêts au Mali), le pays ne compte qu’environ un millier d’agents pour gérer plus de 30 millions d’hectares de forêts. Ce sous-dimensionnement des effectifs et des moyens logistiques est corroboré par des rapports de la FAO sur la gouvernance forestière malienne, qui notent des ressources humaines insuffisantes face à une déforestation de 100 000 hectares par an.

Au-delà des frontières maliennes

Les pressions sur les ressources forestières s’inscrivent aussi dans des flux commerciaux qui dépassent les frontières nationales. Selon des données du commerce extérieur issues des bases de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, compilées par la plateforme Trading Economics, le Mali a exporté pour environ 5,4 millions de dollars de bois et de charbon de bois en 2019, dont une partie était destinée au Sénégal.

Une enquête publiée par l’Environmental Investigation Agency en 2022 a montré que des permis relevant de la Convention sur le commerce international des espèces menacées d’extinction (CITES) ont été utilisés de manière irrégulière pour exporter du Pterocarpus erinaceus vers la Chine en transitant par le Sénégal. Le consortium PPLAAF, dans une enquête rendue publique en 2023, a confirmé la persistance de ces pratiques, soulignant l’existence de corridors d’exportation informels qui contournent les contrôles nationaux.

Ces flux s’appuient sur des réseaux d’abattage, de transformation et de transport opérant dans des zones où l’État dispose de capacités de surveillance limitées. Le Centre international de recherche forestière, qui étudie les chaînes de valeur du charbon en Afrique de l’Ouest, souligne qu’une part importante du commerce transfrontalier du charbon opère en dehors des circuits fiscaux officiels.

À la frontière sud-est, la vallée du Sourou constitue un site transfrontalier partagé entre le Mali et le Burkina Faso. Plus à l’est, dans la région du Gourma, les formations boisées et savanes claires se prolongent au-delà de la frontière dans le Soum et l’Oudalan, rendant les contrôles particulièrement complexes et favorisant la circulation des ressources entre exploitants, intermédiaires et transporteurs.

Ces dynamiques transfrontalières renforcent la pression sur les forêts du sud et du centre du pays et compliquent la mise en place d’une gestion coordonnée de la ressource.

Forêts et conflits : l’emprise des groupes armés

Dans plusieurs zones du centre et du sud du Mali, l’exploitation du bois s’inscrit dans un contexte sécuritaire marqué par la présence de groupes armés.

Selon un rapport de l’ISS Africa publié en 2024, des unités affiliées au Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin interviennent dans la coupe et le commerce du kosso (Pterocarpus erinaceus), un bois de rose très recherché. Entre 2020 et 2022, près de 220 000 arbres auraient été exploités et acheminés vers des circuits commerciaux menant principalement au Sénégal. Des enquêtes menées par l’Environmental Investigation Agency (EIA) en 2022 ont documenté l’existence de filières organisées d’exploitation et d’exportation illégales de bois depuis le sud du Mali, reposant sur des circuits de transit régionaux et échappant aux contrôles nationaux.

Dans les communes rurales situées sur ces axes, des habitants décrivent une organisation structurée telle que les bûcherons qui coupent le bois, des intermédiaires qui assurent le transport et des collecteurs opérant la vente, parfois sous « protection » locale. Dans certaines zones, les groupes armés imposent une taxe fixe sur chaque cargaison, présentée comme un impôt religieux. Cette taxation stabilise les flux commerciaux en offrant un cadre prévisible aux exploitants, tout en assurant un financement régulier aux groupes présents. À Yorosso, dans la région de Koutiala, des ruraux expliquent préférer payer cette taxe plutôt que traverser des zones où les contrôles de l’État sont rares et imprévisibles.

Souches d’arbres après coupe pour l’énergie à Yorosso (région de Koutiala)

Selon le Dr Adama Sambou Sissoko, spécialiste des dynamiques environnementales au Sahel, la dépendance au bois traduit à la fois une nécessité quotidienne et un marqueur d’appauvrissement des écosystèmes. Dans les villages du centre et du sud, les habitants connaissent les effets du recul du couvert arboré, mais l’absence d’alternatives abordables les maintient dans cette pratique. Tant que la cuisson domestique reposera majoritairement sur le bois, la pression sur les forêts restera élevée. La transition énergétique dépendra donc de solutions locales accessibles et d’un accompagnement public durable.

Tags: desertificationMALI
PartagerTweeterPin

Autres Articles

Crise climatique au Sahel : le Burkina au bord d’un péril hydrique
Enquêtes

Crise climatique au Sahel : le Burkina au bord d’un péril hydrique

6 janvier 2026

Le réchauffement climatique aggrave la crise de l’eau au Burkina Faso, un pays enclavé où la baisse de la pluviométrie...

Mali : l’État et Barrick scellent un accord historique après deux ans de tensions
Enquêtes

Or trouble : les dessous de l’extraction en Côte d’Ivoire

6 janvier 2026

Une série d’enquêtes pour comprendre un secteur sous pression L’or en question Alors que la Côte d’Ivoire accélère son expansion...

Cessions des sociétés minières : énorme manque à gagner pour le Burkina
Enquêtes

Cessions des sociétés minières : énorme manque à gagner pour le Burkina

6 janvier 2026

Au Burkina Faso, une taxe censée capter les plus-values des transactions minières est en place depuis plus d’une décennie. Elle...

Bénin/Trafic illicite d’ivoire d’éléphants Des millions de dollars en jeu
Enquêtes

Bénin/Trafic illicite d’ivoire d’éléphants Des millions de dollars en jeu

6 janvier 2026

Intégralement protégés, car menacés d’extinction, les éléphants continuent d’être victimes de braconnage et de trafic illicite au Bénin. Considéré comme...

À propos de nous

ASKIA 24

Askia 24 est le principal site d'information et d'actualité dédié à la région de Gao. La rédaction, située à Gao, s'appuie sur un réseau de correspondants et de collaborateurs répartis dans tous les cercles de la région. Notre équipe, jeune et dynamique, garantit une indépendance totale dans le traitement des informations.

Rédaction : +223 76 86 80 67 / 99 42 52 50
Adresse mail : redaction@askia24.net
Siège : Gao/Mali

  • Accueil
  • Nord Actu
  • Politique
  • Sahelfox
  • Sécurité
  • Société

© Askia 24 - 2025 | Site développé par Imager Mali

Pas de resultats
Voir tous les resultats
  • Accueil
  • Nord Actu
  • Politique
  • Sahelfox
  • Sécurité
  • Société