Comme chaque année, le 3 mai marque la Journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée à travers le monde. Cette édition 2025, placée sous le thème : « L’impact de l’intelligence artificielle sur la liberté de la presse et les médias », ne laisse aucun pays en marge. Au Mali, la commémoration se fera dans un contexte où les problématiques profondes du secteur médiatique méritent tout autant d’attention que les bouleversements liés à l’intelligence artificielle.
Historiquement, cette journée symbolise bien plus qu’une simple célébration : elle est un rappel fondamental du droit à la liberté d’expression, un soutien aux médias victimes de répression, et un hommage aux journalistes tombés dans l’exercice de leur devoir. En ce sens, le 3 mai n’est pas une date anodine, surtout dans un pays où le journalisme fait face à une série de défis systémiques.
Certes, les avancées fulgurantes de l’intelligence artificielle bousculent l’écosystème médiatique mondial. Prolifération des fake news, deepfakes, modération algorithmique biaisée, surveillance numérique accrue des journalistes : autant de dérives potentielles qui remettent en question les fondements mêmes de l’information libre et vérifiée. Mais au Mali, ces défis technologiques viennent s’ajouter à une crise plus structurelle, ancienne et profonde.
Manque criant de financement, précarité des conditions de travail, fragilisation des faîtières de la presse, divisions internes, pression politique, autocensure, recul de la liberté d’expression… Le paysage médiatique malien souffre d’un environnement délétère, peu propice à l’épanouissement d’une presse libre, indépendante et crédible. Dans ces conditions, même les promesses positives de l’intelligence artificielle peinent à se concrétiser.
Pour que le numérique et l’innovation technologique servent réellement le journalisme, il est impératif d’assainir le climat médiatique. Sans liberté, sans unité, sans moyens, l’intelligence artificielle restera une arme à double tranchant, davantage utilisée pour manipuler l’opinion que pour renforcer la qualité de l’information.
Il est important de reconnaître les efforts constants des professionnels et des responsables de médias, qui se battent pour préserver les droits fondamentaux du journalisme. Cependant, la division au sein des corporations fragilise le combat collectif. Il est temps d’adopter une posture unie, solidaire et stratégique, à l’image de ce que font d’autres acteurs de la société civile et du monde syndical.
L’avenir du journalisme malien se joue autant sur les nouvelles frontières technologiques que dans les fondamentaux : l’unité, le professionnalisme, l’éthique et le courage. Il n’est jamais trop tard pour reconstruire une presse forte, respectée et digne de son rôle de quatrième pouvoir.







